Histoires d'Amour - Maux croisés

Publié le par L'éLément N

20heures.
Signal sonore. Ouverture des portes. c'est le Terminus pour moi.

Reveillé depuis peu par le déchirement des roues sur l'acier des rails, je referme mon livre et me lève pour rejoindre la cohue. Et c'est là que mon regard croisa le sien. Le mien était attentionné, curieux. Le sien était vide, accidentel. Car tout ce qu'elle regarde désormais est un accident. Elle était seule, au milieu de la foule. Je la dévisageais, intéressé, comme on examine une pierre précieuse. Elle, elle me fixait, indifférente, comme on fixe un objet faisant partie du décor quand on a la pensée absorbée.

Elle a les yeux injectés. elle a dû pleurer tout le trajet. Elle me regardait. sans me voir. Elle regardait au travers, consolidant en moi l'idée horrifiante de ne pas exister réellement. Elle portait des tennis sous un jean surmonté d'une robe qui cachait volontairement ses charmes. Brune, elle avait les traits fins, les cheveux effilés et continuait à taquiner l'enfance par une barette placée un peu au dessus de son oreille et un sac à bandoulière, enfilé en diagonale. Elle se tenait là. abandonnée. Léguant désormais son corps à la foule qui l'escortait vers la sortie, dans une sorte de marche rituelle. Chétive. âbimée par le temps et la méchanceté des hommes. d'un homme.

Derrière, dans le troupeau sous-terrain, on pouvait entendre des crissements accompagnés d'interjections mécontentes; s'approchant de moi en vagues. Soudain, un jeune homme me bouscula violemment, brisant la monotonie de l'echo de nos pas. il dépasse tout le monde, grimpe les marches trois par trois pour se tenir tout en haut de l'escalier, avant de brandir devant son torse, courageusement et avec le sourire, un bout de papier sur lequel il avait écrit maladroitement, au feutre : " ILHAM, veux-tu m'épouser ? "

Je n'ai pas eu à attendre longtemps pour découvrir à qui était adressée cette demande. La jeune fille aux yeux rouges me bouscula à son tour en me dépassant, dévorant les marches deux à deux. Son chemin était tracé par le fil désormais tendu entre leurs regards. Elle se laisse guider. se heurte violemment à son torse. Le choc la libère d'un fin filet de larmes qui reste comme suspendu dans le temps, derrière elle, tout comme sa souffrance déjà oubliée. Elle se noie délicatement dans ses bras. il l'enveloppe contre lui. ils restèrent là. enlacés. immobiles.

A leur vue, je les ai aimé, tous les deux, comme on aime le bonheur, comme j'ai aimé jadis et comme je crois que je n'aimerai plus.

Je passe derrière lui. Ilham, elle, avait la tête reposée par-dessus son épaule. C'est là que nos regards se recroisèrent. le mien était vide. le sien était curieux. J'avais les yeux rouges. J'avais pleuré tout le trajet. Nous n'avons échangé mot, juste nos maux.. Des maux croisés.

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3az3ouza 16/12/2008 19:03

Hay hay hay, film hindi hada :)

zorador 08/07/2008 19:39

merci de m'avoir fait rever à traver ton recit! c'est trop beau! bravo !

on finit par se connaitre ^^ 03/05/2008 19:37

une déscription minutieuse qui donne à tes histoires un ton réel; surtout le choix des prénoms et les circonstances du vécu quotidien!Merci de nous donner à chaque fois des ailes pour survoler le ciel de la romance;)(mais la pesanteur de la réalité finit par nous faire tomber du ciel ^^)

: ) 03/05/2008 19:35

Et comme je n'existe plus pour toi ...

meryem 03/05/2008 18:39

un jour peut etre, tu les montra quatre par quatre ...