Pauv' tache

Publié le par L'éLément N

Bonsoir,

Je ne prends pas l’avion souvent. Pour ne pas dire que je ne l’ai pris que 6 fois en 27 ans. 3 fois si on compte en aller-retour. Ce qui fait de ces voyages, des moments très particuliers que j’aime savourer, seul, en digne nombril du monde. Comprenez : je n’aime pas y être dérangé. Mais qui dans ce monde n'a que ce qu’il désire ? Pas moi en tout cas. La preuve..

La dernière fois que je me suis retrouvé dans un avion, j’étais assis à coté d’un enquiquineur qui, non satisfait de mon apparence universellement reconnue comme dépressive (cheveux ébouriffés et barbe de 3 jours), a voulu m'apprendre à relativiser en me prouvant, à coups de métaphores, la réalité de mon insignifiance. Histoire de rendre le voyage moins ennuyeux.. pour lui.

- Vu de cette altitude que représente le Maroc ?
- ... Une serpillère de salle de bain.
- Exact ! dit-il en rigolant. Et Rabat ?
- … un bout de chiffon
- Et un marocain ?
- … toujours un être humain.
Cette dernière réponse coupant court à son enchainement d’idées (méchant que je suis), il décide de répondre à ma place, pousuivant sa dégression pour discréditer mon injustifiable depression : Je dirai plutôt une tache ! Une vulgaire petite tache. Et vos problèmes sont encore plus négligeables si on les compare aux souffrances que le monde connait !

Ce n’est pas faux. A l’échelle du Cosmos. Forcement. Que peut bien représenter un jeune egocentrique assis dans les airs sur son siège d'avion à coté d'une tache importune, à l'echelle de la voie lactée ? Une vulgaire petite tache. Effectivement.

Et pourtant.. Quand cette petite tâche souffre, quand elle a mal quelque part, dans son coeur, pour des raisons aussi variables que valables les unes que les autres, le monde entier, la planète, le cosmos deviennent infinitésimaux. Insignifiants. Parce que sur le moment, rien n'est plus important pour elle que sa souffrance. Que les villages Birmanais soient dévastés, que les enfants rwandais soient enrolés dans l'armée, que les palestiniens soient expatriés, que les Tibetins soient exterminés, que des innocents meurent lors des affrontements à Sidi Ifni, que les sans-abri meurent de froid, qu'on ne cesse de critiquer son égoïsme et son indifference, la petite tache insignifiante, à l'echelle de la planète en sang et en pleurs, ne voit et n'entend plus rien que sa douleur. Elle a mal quelque part. Les autres ? .. de vulgaires petites taches.

Vous voulez des citoyens épanouis, actifs, travailleurs et engagés ? Respectez et souciez-vous de leurs blessures invisibles. Nous sommes des taches, soit. Mais des taches capables d'Amour, loin d'être vulgaires.

Et c'est tout pour aujourd'hui.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

asma 21/08/2008 14:28

Quelle sensibilté mon cher (je me permets une ptite familiarité, je me retrouve dans ces lignes)!!Ton style ( et surtout oeil critique) rejoint celui d'une amie bloggueuse, médecin également..Alors ce serait ça la 'Grey's anatomy' attitude!! Si c'est le cas, j'aurai raté qq chose en choisissant des études d'ingénieur..Quoique, contre exemple, Larbi a fait mon école...Any way, quel plaisir de te lire..

Someone really proud of u 17/07/2008 02:39

dernièrement en relisant tes articles, j'avais du mal à te retrouver, ton ironie manquait !! contente que tu ais pu reprendre :) bcp de courange !

F lectrice 16/07/2008 23:47

très profonde comme pensée puisqu'elle provient du coeur de la petite tache :)Merci pr le partage