Aujourd'hui, à deux mains

Publié le par L'éLément N

Encore une fois l'envie d'écrire est là, sans trop savoir ce que j'aimerai partager aujourd'hui ... le titre, je le laisserai encore pour la fin quand j'aurai terminé ... encore ...

J'ai remarqué que dernièrement, j'ai trop pris l'habitude de " laisser pour après " à chaque fois qu'un effort, aussi minime soit-il, physique ou intellectuel, me soit demandé dans ma vie de tous les jours... et comme j'essaye autant que possible de rester naturel quand j'ecris, ben cela se répercute sur mes textes...
Est-ce que comme moi, à chaque fois qu'il est question de prendre une décision importante, ou du moins " contraignante ", d'une manière ou d'une autre... vous reportez pour " demain " ? Votre " aujourd'hui " dure parfois des jours, voire des mois ou même des années, avant de voir arriver " demain " ?

Dans ce cas, vous êtes de ceux qui ont une légère tendance voire une tendance certaine et facheuse à " reporter " ! ... Tout comme moi, vous devez vivre cette angoisse et cette culpabilité presque quotidienne à chaque fois que vous remettez " à plus tard ".. Tout comme moi vous en avez marre ?

Alors on discutera de celà aujourd'hui ... avant demain, pour qu'aujourd'hui ne depasse plus les 24heures.

A ce qui parait il existe des " formations " à la gestion du temps, beaucoup (trop?) d'ouvrages prétendant nous aider à cette gestion ... mais je pense que pour nous, les vétérans, les "sages" de la "pondération", à force de toujours planifier pour plus tard, nous sommes devenus des "durs", complètement inertes... et plus personne, y compris nous, ne veut de notre sagesse de légumes !
Pour nous, je pense qu'il faudrait d'abord "comprendre" les racines de ce MAL pour savoir que "temporiser" n'est pas une question de caractère mais simplement une histoire d'habitude : une attitude mentale, le plus souvent compensatoire (nous verrons de quoi) que l'on peut corriger.

Personnellement je sors tout juste (merci Ramadan!) d'une période un peu farouche où à force de tout projeter sur le futur, je ne faisait plus rien au présent... Ne rien faire induit alors d'être fatigué toute la journée (paradoxal mais vécu), on fini alors par ne pas faire même ce qui est urgent (à force...). Finalement, après une nuit blanche à flipper dans mon lit sur tout ce que je n'avais pas fait jusqu'à maintenant, j'ai décidé de me reprendre en main !!
C'est drôle comment on tombe facilement dans une sorte de cercle vicieux, d'où il est très difficile de sortir, car ce perpetuel report à plus tard fait qu'autour de vous, vous ne voyez rien se réaliser, se concrétiser et vous sombrez dans la dévaluation de soi jusqu'à la perte totale d'estime pour vous ... Espèce d'incapable !

En bon marocain, on ne peut traiter d'un sujet pareil, où la responsabilité est exclusivement individuelle, sans y impliquer la responsabilité des autres : des parents, de l'éducation nationale, du système, du climat (pourquoi pas?) ... tous ceux-là (intimement impliqués dans le processus de notre éducation) ne nous préparent pas aux épreuves que l'on vit "réellement" en dehors des épreuves que l'ont nous fait passer au cours de nos études! Autrement dit, ils ne nous préparent pas à être seul dans une démarche : A force d'avancer à coups de pieds dans le derrière, le jour où il n'y a plus cette "impulsion", ben on n'avance plus !

Vu que nous ne pouvons ni agir (pour l'instant) ni sur l'éducation nationale ni sur les mentalités profondement enracinées, essayons d'agir sur nous, et soyons les artisans de notre changement ... ce perpetuel report vers demain, n'est au fond que le reflet d'une fuite du présent ... qu'y a t il de si terrifiant dans notre présent qui justifierai cette fuite insconsciente et cette projection du bonheur, du "bien-être" vers le lendemain, complètement incertain ? ...

C'est à chacun de nous de creuser dans ce sens, on pourra essayer ici d'apporter des élements de réponses, mais il y a autant de réponses que d'individus sur Terre; c'est à chacun d'oeuvrer, de faire ce travail sur lui-même, de voyage en profondeur, pour découvrir les raisons de cette fuite.

Demain, je vais arrêter de fumer
Demain, je commencerai à bosser
Demain, j'entreprendrai une activité sportive réguliere
Demain, je mangerai équilibré
Demain, je commencerai à apprendre le Coran
Demain, je serai plus rigoureux dans mes prières
Demain, j'arrangerai la relation qui me lie à mes parents
Demain, j'apprendrai des langues
Demain, je m'investirai dans le social et l'humanitaire ...
Demain ....

Et vivre ? je le ferai demain ?

Nous ne cessons pas de reporter pour demain, c'est un sport national ... mais ce qui est quand même intriguant c'est qu'on ne reporte que les bonnes choses, dont nous savons les bienfaits, par contre les mauvaises on s'empresse de les accomplir aujourd'hui avant demain ...
Au fond, nous ne vivons plus : nous esperons vivre .. en reportant tout ce qui fait vivre à demain, alors que nous savons pertinemment que nous n'avons aucune assurance d'être encore là : En effet, nul n’est à l’abri d’un accident, d’une maladie grave ou d’une mort subite... Nous l'avons tellement constaté.

Les projets qu'on lance en l'air ne sont rien d'autres que des fuites stimulantes d'un présent, qu'on trouve assez decevant ... on ne s'aime pas trop comme on est actuellement; alors on se réfugie derrière ces pensées fièvreuses qui peignent une belle image de nous au futur ... c'est un mécanisme compensatoire pour ne pas perdre toute estime de soi, ce qu'on est actuellement est si déplaisant, blessant; voire honteux... Alors on réconforte notre Ego par les fantasmes de l'avenir, on s'accroche à un temps où nous n'avons aucune garantie d'y arriver ... je ne vous le fait pas dire : Pathétique.

Cette impuissance au présent est essentiellement du :
- d'une part à la peur du changement ... tout le monde prétend vouloir "changer", mais très peu y arrivent. Malgré cette prétendue "volonté", il existe en chacun de nous,une peur de changer !
- et d'autre part, aussi paradoxal cela puisse-t-il paraitre, à l'Espoir !

La peur de l'inconnu, de ce qui peut arriver, de ne pas être à la hauteur de ses esperances et de celles des autres, la peur d'être déçu ... toutes ces peurs enracinées dans la nature humaine, Ô combien fragile, est à l'origine d'un sentiment d'insécurité vis-à-vis de ce qui risque (ou pas) d'arriver ... Cette insécurité nous pousse alors à nous accrocher à ce qui est déjà acquis ( une sorte d'assurance réconfortante), à nos habitudes (bonnes et surtout mauvaises) car elles sont synonymes de routine, de maîtrise, le sentiment de "savoir faire". Tout celà pour faire face à cette incertitude, source première de cette peur viscérale du changement, synonyme de "risque" vis-à-vis de l'avenir.
C'est cette peur qui explique bcp de comportements anodins, comme ces dinausaures à la tête des institutions, des partis politiques, des administrations, qui refusent de lacher prise, de céder la place aux plus jeunes, cette peur de l'avenir incertain fait qu'ils essayent chaque jour d'ammasser encore plus, toujours plus de provisions... à tel point qu'ils se retrouvent avec plus de provisions pour l'avenir qu'ils n'ont d'avenir ...

La première étape pour neutraliser cette peur, handicap au changement, c'est de l'identifier, d'avouer qu'elle nous habite, l'individualiser, la regarder en face ! .. simple à dire, difficile à faire, mais indispensable pour pouvoir entreprendre par la suite toute une résistance (Jihad) pour arriver à la pulvériser... il suffit de se rappeler que l'origine de cette peur, est tout simplement une foi encore superficielle et pas suffisamment enracinée, convaincue et intelligente !

الشَّيْطَانُ يَعِدُكُمُ الْفَقْرَ وَيَأْمُرُكُم بِالْفَحْشَاء وَاللّهُ يَعِدُكُم مَّغْفِرَةً مِّنْهُ وَفَضْلاً وَاللّهُ وَاسِعٌ عَلِيمٌ

" Le Diable vous fait craindre l'indigence et vous recommande des actions honteuses; tandis qu'Allah vous promet pardon et faveur venant de Lui. La grâce d'Allah est immense et Il est Omniscient."

إِنَّمَا ذَلِكُمُ الشَّيْطَانُ يُخَوِّفُ أَوْلِيَاءهُ فَلاَ تَخَافُوهُمْ وَخَافُونِ إِن كُنتُم مُّؤْمِنِينَ
" C'est le Diable qui vous fait peur de ses adhérents. N'ayez donc pas peur d'eux. Mais ayez peur de Moi, si vous êtes croyants. "


De l'autre coté, on retrouve l' Espoir .. curieusement l'Espoir devient un obstacle ! Ceci dans la mesure qu'il suggère, inconsciemment, que les choses s'arrageront d'elles-mêmes... demain. Il ne devient donc pas indipensable de réflechir et d'agir aujourd'hui, de changer nos habitudes.
Je vous l'accorde, c'est pour le moins troublant, car l'impression que l'on a tous du mot ESPOIR est plutôt positive ! pourtant il représente, en quelque sorte, une entrave au changement en donnant cette fausse assurance quant au futur - qui est en réalité complétement incertain - comme détenteur des solutions aux problèmes d'aujourd'hui ( on se déresponsabilise, la solution doit venir de l'exterieur), alors on se laisse aller, on lui fait confiance et on reporte à plus tard, laissant entre les mains du "futur" le soin de tout changer, de se charger de tout, à notre place ... Ainsi l'Espoir justife notre prétendue impuissance et nous réconforte dans notre passivité... Au fond, on hypothèque l'avenir ! alors à quoi bon s'investir dans le présent ?

Ce qu'il faut faire c'est remplacer l'ESPOIR par la DETERMINATION, de prendre des mesures aujoud'hui, de se créer de nouvelles conditions! Profiter de ce mois de Ramadan, catalyseur des volontés pour prendre la décision de s'investir au présent et surtout profiter de la spiritualité de ce mois pour se regarder en face, apprendre à se connaître et à s'accepter tel qu'on est, fragile ... et avant demain; prendre son courage aujourd'hui, à "deux mains" !

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Z alias TEM 09/01/2007 16:45

يقول النبي صلى الله عليه وسلم : بادروا بالأعمال, هل تنتظرون إلا مرضا مفسدا .. أو موتا مجهزا .. أو هرما مفندا .. أو الدجال شرغائب .. أو الساعة.. فالساعة أدهى وأمر
 
قال صلى الله عليه وسلم: اغْتَنِم خَمْسًا قَبلَ خَمْسٍ
 حَيَاتَكَ قَبلَ مَوتِك..
وصِحَّتَكَ قَبلَ سَقَمِك..
وفَرَاغَك قَبلَ شُغلِك..  
وشَبَابِك قَبلَ هَرَمِك..
وغِنَاكَ قَبلَ فَقرِك
يقول الحَسَن البَصري
 يا ابن آدم انَّمَا أنتَ أيَّام...
 اذا ذهب يومُك ذَهَبَ بَعضُك
قَالَ الله تبارك وتعالى: وَأَنْفِقُوا مِن مَا رَزَقْنَاكُمْ مِنْ قَبْلِ أَن يَأْتِيَ أَحَدَكُمُ الْمَوْتُ فَيَقُولَ رَبِّ لَوْلَا أَخَّرْتَنِي إِلَى أَجَلٍ قَرِيبٍ فَأَصَّدَّقَ وَأَكُنْ مِنَ الصَّالِحِينَ
 سورة المنافقون ( 10)
 « Un de ces jours… » Un de ces jours… Un de ces jours… Mais suis-je sûr de vivre (jusqu’à) ce jour là ?? J’aurais dû commencer ce ‘jour’ là! Aujourd’hui, ma vie prend fin, et je ne trouve ni le temps ni la force de faire tout ça!!

Le proprio 09/01/2007 19:40

tu as tout à fait raison. On se laisse aller dans cet engrenage rouillé : " aujourd'hui je ne fais rien, parce que demain je ferai " ... mais très vite on se rend compte que chaque "demain" devient un autre "aujourd'hui" ...