L'histoire de Manal

Publié le par L'éLément N

Manal avait un rêve...
  Etoui : Les habitants de la Palestine occupée rêvent aussi !... mais leurs rêves ne ressemblent pas aux rêves des autres êtres humains.... Ils rêvent par exemple, de passer une bonne nuit remplit de bons rêves et nos pas des cauchemars.... Ils rêvent d’aller voir le médecin en ville sans être retenu par un barrage militaire israélien, des barrages dits de sécurité.... Ils rêvent !

Un élève rêve aussi de se rendre à son école pour apprendre et préparer son avenir sans craindre des tirs des soldats israéliens... Un étudiant rêve d’assister aux cours de son université sans penser que son prof est en détention administrative (1) ... Un agriculteur rêve de récolter ses légumes et de les vendre en ville sans avoir peur que la ville soit sous couvre-feu ...

Mais Manal avait un rêve d’une autre sorte .. ce n'était pas un grand rêve... Elle rêvait d’aller prier à la mosquée d’Al-Aqsa ! Drôle de rêve n'est ce pas ? pour nous tous, ceci n'a rien d'un rêve : pour aller prier dans une mosquée nous prenons notre voiture et on y va ! ... mais en palestine occupée cette pratique complétement banale à nos yeux constitue aux yeux des jeunes musulmans un rêve .. un rêve même très difficile à réaliser ...
Manal a aujourd’hui 28 ans, elle est mariée et a 4 enfants. Au début des années 90 Manal avait 13 ans. Depuis, les Palestiniens des Territoires Occupés ne peuvent plus prier à la Mosquée de Jérusalem car la Ville Sainte leur est interdite.

Pour les israëliens, tous les palestiniens méritent ce qu'ils vivent car chacun d'eux aurait des fautes à se reprocher vis à vis d'Israël ... La faute de Manal est qu’elle avait un rêve ... Elle était jalouse des autres femmes de son village qui ont réussi à prier à Jérusalem. Donc, Manal s’est mise d’accord avec d’autres femmes du village pour se rendre à Jérusalem le vendredi suivant.
 

Manal a failli réaliser son rêve.... En tout cas, c’est ce qu’elle a cru. Ce matin-là, Manal prend sa place dans le car qui se dirige vers Jérusalem. Exceptionnellement, le chemin est dégagé, aucun barrage jusqu’aux faubourgs de la ville Sainte où le car devait s’arrêter.
Le car s’arrête et tout le monde descend pour traverser un barrage « des gardiens des frontières (2) » et reprendre un autre transport plus loin... Ce jour-là les militaires présents au barrage décrètent que seules les femmes âgées de plus 50 ans peuvent se rendre sur l’esplanade des mosquées et que les autres femmes dont Manal qui avait 28 ans devaient rebrousser chemin. Manal essaie de discuter avec deux soldats afin qu’ils lui permettent d’accompagner sa belle-mère âgée de 70 ans et qui avait besoin de son aide, mais en vain. Les deux soldats demandent à Manal et aux autres femmes de reculer...

 

Tout à coup un soldat lance une bombe à effet sonore qui explose au visage de Manal lui arrachant la peau... Manal blessée tombe par terre pendant que les soldats crient qu’elle doit rentrer chez elle. Remarquant qu’elle est gravement blessée au visage, les soldats conseillent aux femmes restées avec Manal de l’amener au village d’à côté car il y a une clinique... Contraintes de chercher une clinique, Manal et ses amies rencontrent des villageois qui leur conseillent de retourner au barrage et demander aux soldats d’appeler une ambulance car dans un tel cas, ils sont obligés de faire cette démarche... Finalement, les soldats, face à la gravité de l’état de Manal, appellent l’ambulance qui transporte Manal dans un hôpital israélien où elle subit une intervention de 3 heures...
Finalement, Manal a failli être arrêtée pour le non paiement des frais d’hospitalisation et seulement grâce à l’intervention d’un avocat qui se trouvait par hasard sur les lieux, on laisse Manal rentrer chez elle !

Alors voilà comment le porte-parole des « gardiens des frontières » a justifié l’événement :
« pendant une opération pour disperser un groupe de manifestants à côté de Sho’fat (quartier palestinien de Jérusalem-Est), un groupe de gens a essayé de franchir le barrage sans soumettre aux règles de sécurité, des moyens de dispersion ont été utilisés. On sait qu’une fille appartenant à une minorité se trouvant sur les lieux a été légèrement blessée »






c'est une histoire vraie qui est à l'origine de cette petite histoire ..
Source : http://www.zajel.org/article_view.asp?newsID=2851&cat=1


(1)- Détention administrative : consiste à mettre quelqu’un en prison sans jugement pour une période de 3 ou 6 mois renouvelable ….

(2)- Gardiens des frontières : unité militaire qui dépend de la police israélienne et non de l’armée, elle se trouve souvent aux barrages qui séparent les territoires palestiniens occupés en 67 des autres territoires occupés en 48. Cette unité est bien connue par les Palestiniens des Territoires pour ses pratiques violentes et humiliantes.
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