[Boris VIAN] - L'évadé

Publié le par L'éLément N

 
 
Il a dévalé la colline
Ses pieds faisaient rouler des pierres
Là-haut, entre les quatre murs
La sirène chantait sans joie

Il respirait l'odeur des arbres
De tout son corps comme une forge
La lumière l'accompagnait
Et lui faisait danser son ombre

... Pourvu qu'ils me laissent le temps !
Il sautait à travers les herbes
Il a cueilli deux feuilles jaunes
Gorgées de sève et de soleil

Les canons d'acier bleu crachaient
De courtes flammes de feu sec
... Pourvu qu'ils me laissent le temps !
Il est arrivé près de l'eau

Il y a plongé son visage
Il riait de joie, il a bu
... Pourvu qu'ils me laissent le temps !
Il s'est relevé pour sauter

... Pourvu qu'ils me laissent le temps !
Une abeille de cuivre chaud
L'a foudroyé sur l'autre rive
Le sang et l'eau se sont mêlés

Il avait eu le temps de voir
Le temps de boire à ce ruisseau
Le temps de porter à sa bouche
Deux feuilles gorgées de soleil

Le temps de rire aux assassins
Le temps d'atteindre l'autre rive
Le temps de courir vers la femme

Il avait eu le temps de vivre.
 
 


Boris VIAN, Chansons et poèmes, L'évadé

Publié dans Entre guillemets

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