Aux ennemis du changement

Publié le par L'éLément N

 

757492.jpgCeux qui ont pris tout le plat dans leur assiette, laissant les assiettes des autres vides et qui, ayant TOUT, disent avec une bonne figure, une bonne conscience, nous, nous qui avons tout, on est pour la paix.. Je sais que je dois leur crier à ceux là.. Les premiers violents, les provocateurs de toutes violences, c’est vous ! Et quand le soir dans vos belles maisons, vous allez embrasser vos petits enfants, avec votre bonne conscience, au regard de Dieu, vous avez probablement plus de sang, sur vos mains d’inconscient, que n’en aura jamais le désespère qui a prit des armes pour essayer de sortir de son désespoir  " [Abbé Pierre]


A celles et ceux qui sont de passage sur mon blog, que ce soit par hasard ou par assiduité, je ne suis pas sûr de tous vous aimer. Quand je jette un regard sur le Maroc, mon pays, j’avoue m’inquiéter. Comment certains peuvent-ils incarner le Mal sans le moindre remord ? Et comment d’autres peuvent y rester indifférents, insensibles à des souffrances aussi horribles ? Et comment d’autres encore plus crédules s’indignent et dénoncent le Mal mais l’encourage, le finance ou y participe ? Je me suis toujours posé ces questions. Par curiosité. Ça a même été le moteur de mon engagement associatif et l’origine de la création de ce blog.

 

Parmi vous, il y a ceux que j’aime et ceux qui me révulsent. Qui que vous soyez je n’ignore pas que vous êtes tous chargés d’Histoire. d’histoires. Mais si le Mal vous attire ou vous laisse indifférent, cela signifie que quelque chose en vous est cassée. Cette fracture m’intéresse. Intellectuellement. Froidement. Que vous est-il arrivé pour que vous en soyez là ? Et que m’est-il arrivé pour que j’en sois là, à essayer de vous comprendre ?

 

Je m’adresse à vous, les ennemis du changement. Autant ceux à qui le régime actuel profite, ceux qui ont des estomacs à la place du cœur et qui défendent le statu quo, que les indifférents confortables qui ne prennent pas parti, aussi discrets que leurs pantoufles, que tous ces conspirationnistes avec leurs certitudes délirantes, qui seraient pour le changement mais ne le réclament nulle part, passent leur temps à jeter le discrédit sur ces jeunes qui n’ont trouvé de moyen pour fuir leur misère que de la crier dans les rues. Vous avez de quoi être fiers, vous êtes les véritables boulets au pied de tout changement louable.

 

J’ai du mal à vous aimer. Vous les petite, moyenne et grande bourgeoisies, exacerbées par ces jeunes du 20 février qui vous rappellent ce peuple, sale, ignorant et mal élevé. Ce peuple qui n’est maintenu dans cet état que pour permettre à la caste dont vous faite partie de se maintenir au dessus du lot. Vous qui ne voulez pas qu’il y ait du pain pour tous, pour pouvoir continuer à trinquer le champagne entre vous. Vous qui avez tellement pris au Maroc, mais qui ne voulez rien lui rendre. Vous qui avez tous les privilèges sociaux de la bourgeoisie mais qui ne vous acquittez pas de votre rôle théorique de leaders d’opinion en terme de morale, d’éducation, de culture et de politique. Vous qui avez plutôt sacrifié notre identité marocaine sur l’autel du libéralisme sauvage. J’ai du mal à vous aimer, vous ces petits roitelets chacun à son échelle, les bien-nés qui se vautrent dans leurs luxueuses maisons en se répétant que le Maroc va bien, un verre à la main. Déambulant de terrasses en terrasses, dans des cafés aux prix de plus en plus élitistes pour ne point y croiser la vermine. Vous qui arpentez les quartiers chics dans vos volumineuses voitures et remontez la vitre à chaque feu-rouge pour ne risquer aucun contact avec tous ces mendiants importuns. Vous qui relatez les efforts colossaux faits en matière d’urbanisme, alors que vous ne fréquentez que le 1/3 de votre ville. Parce qu’il est hors de question de vous rendre compte de la misère galopante dans les 2 autres tiers. J’ai du mal à vous aimer, vous qui êtes principalement des rentiers, libérés de l’impératif de production, et qui êtes responsables d’élever le niveau de la Culture et de la Morale de notre société, parce que vous avez le temps de vous instruire, de faire de la politique, contrairement au prolétaire qui bosse dans vos usines à s’en briser l’échine. Vous avez la responsabilité de donner à cette Nation ses héros et ses modèles de réussite, car vos enfants sont notre élite. Mais quelle triste semence vous avez offert comme archétype à nos jeunes : d’eternels adolescents, pourris par l’argent, plus soucieux de ce qui se passe dans leurs caleçons que dans leur boite crânienne, passent leur temps à s’échanger les marques de shampoing et de crèmes hydratantes ou les liens vers les derniers clips tendance, avant de s’acquitter de leur rôle politique en adhérant à des groupes facebook aussi mesquins et grotesques que « Touche pas à mon Mawazine ». Ils vivent dans leur « bulle » et ne cherchent donc qu’à « s’eclater », font la fête dans des « boites » de nuit où ils dépensent en 1 soirée l’équivalent de 5 SMIG, bossent dans des « boites » qui appartiennent à la famille, circulent dans leurs « caisses » comme disait Rabhi, et se permettent après, quand on leur parle de révolution, de nous baratiner avec leur « think outside the box » !

 

J’ai du mal à vous aimer. Vous les indifférents, bien que concernés par les revendications du changement, on ne vous entend pas, jamais. Pourtant on ne vous a pas cousu la langue, vous en blasphémez sur le Réal et le Barça, sur les déboires de DSK, sur les nominés du prochain prime de la Star’Ac. « Pour vivre heureux, vivons couchés » est votre formule lapidaire en réponse à ceux qui refusent désormais de ramper. Vous êtes une insulte à l’intelligence, à la dignité. à la vie. Au moins nos ennemis nous accordent un intérêt en cherchant à nous faire du mal, mais vous, vous nous restez insensibles. Dans votre monde sans résonance, la dignité suffoque dans votre silence asphyxiant. Vous êtes l’inaction, vous êtes l’apathie. Vous êtes la mort. Nous sommes tous les fruits de cet immense arbre qu’est notre patrie, mais vous avez choisi de vous désolidariser croyant que votre destinée était indépendante du tronc commun, et nous connaissons tous le destin d’une feuille morte. Si en prenant position, nous courons le risque de nous tromper; en restant indifférent vous avez la certitude de devenir des criminels : car laisser mourir, c’est tuer en quelque sorte. L’indifférence est une maladie létale. Et des vies ont péris sous les matraques ou par des balles, à coté de chez vous, mais vous restez là, impassibles, avec l’indifférence scrupuleuse d’une machine. J’ai du mal à vous aimer. J’essaye de vous trouver des excuses, je me dis que la panne d’électricité laisse l’aveugle indifférent. Il est dans son droit quand sa cécité est une fatalité immuable, mais pas quand son infirmité est un choix, quand il refuse d’ouvrir les yeux. Je vous veux avec nous, mais comment briser ces murailles d’indifférence où vous avez pris vos quartiers d’hiver alors que l’heure est au printemps arabe ?

 

J’ai du mal à vous aimer. Vous les fous du Roi, non pas parce que vous êtes monarchistes, je le suis moi-même, mais mon amour n’est pas inconditionnel et ma confiance n’est pas aveugle, je réclame de la réciprocité. Vous avez toujours été silencieux et quand vous avez décidé d’ouvrir vos gueules c’était pour exiger des audacieux de la fermer. J’ai du mal à vous aimer quand vous jouez aux conspirationnistes, quand vous nous apprenez que ces courageux jeunes marocaines et marocains qui ont osé dire STOP au despotisme et vampirisme de notre oligarchie, ne sont que des traitres de la Patrie qui servent des agendas étrangers. Vous me faites rire de désarroi avec votre gymnastique intellectuelle, masturbation jouissive du frustré qui n’a jamais rien compris et qui pense enfin avoir pigé quelque chose, quand vous voulez nous faire croire que ces révolutions bénies sont le fruit d’un complot américano-siono-maçonnique ou polisario-algério-chiite ou je ne sais quels autres extra-terrestres qui en veulent à notre foutue stabilité d’équilibriste. Vous qui prétendez défendre les derniers bastions de l’héritage arabo-musulman de notre patrimoine, vous en êtes arrivés à défendre le Diable tant que ce dernier se proclamait monarchiste. Ou vous autres, qui ne nous soutenez pas, par peur que le marchand capitaliste et libéral du méchant Occident ne vienne récupérer ces pseudo-révolutions arabes de bien-pensants, oubliant que le marchant est déjà au Pouvoir chez nous depuis plusieurs décennies sous forme de cette oligarchie qui a tiré toute la couverture sociale de son coté, s’est barricadée au sommet de la réussite et a bloqué l’ascenseur social. J’ai du mal à vous aimer, quand face à des revendications justes et légitimes (liberté d’expression, égalité devant la Loi, lutte contre le népotisme, gratuité des soins et de l’éducation…) vous beuglez « 3acha lMalik ! », si vous saviez comment vous avez l’air ridicule et à quel point vous ne servez pas votre cause : vous ne faites que pointez du doigt le Roi, le désignant comme seul responsable, avant de courir à son secours. Vous serez les premiers responsables du surcroît des revendications parce que vous auriez mis la personne du Roi en équation. Vous vous croyez à l’école, à jouer les professeurs et à nous donner des leçons d’Histoire et de géopolitique, avec votre culture grêle qui date de quelques mois depuis que vous avez découvert votre patriotisme ! Laissez les jeunes s’exprimer, ce n’est que comme ça qu’ils apprendront à réfléchir. Laissez les jeunes bouger, ce n’est que comme ça qu’ils apprendront l’initiative. Ne faites pas avorter dans l’œuf avec votre paternalisme anachronique, ces graines d’espoir que l’on voit désormais sillonner vaillamment nos rues, réclamant ce qui leur est dû. Vous ne vous sentez pas de taille à affronter le Maroc de demain? Ce n’est pas grave. Juste écartez vous, et laissez les passer.

 

Parce qu’il est indispensable et urgent qu’on en finisse avec cette mauvaise gouvernance. Des milliers de familles vivent encore dans les « karianes » et l’Etat investit dans la construction de marinas. Des malades meurent sur les brancards dans les couloirs des Hôpitaux infestés et l’Etat investit dans les centres touristiques 5 étoiles. Des marocains font encore leurs courses dans les poubelles et l’Etat signe des accords de libres échanges unilatéraux qui augmentent les prix sur notre marché. Nos handicapés ont du mal à mener à bien leur train de vie dans une société qui s'en fout de leur insertion et l’Etat nous endette pour acheter un TGV. Le pays des contrastes, le Royaume des paradoxes. Détenteurs du record mondial du plus grand couscous, alors que la seule viande que la moitié des familles marocaines connaisse est le carré de Maggy. Nous serions, selon notre constitution, un pays musulman, celui qui habrite donc la plus grande mosquée du Monde (après celles des lieux saints) ainsi que les plus vastes champs de Haschisch, et l'une des grandes brasseries d'Afrique du Nord. Nos langues, quand elles dénoncent, creusent nos tombes car, depuis très jeunes, nos parents et nos instituteurs nous apprennent qu’elles ne sont que des appendices, qui ne servent à rien et qu’on risque de nous arracher si on décidait d'en user. Par contre les langues des responsables, elles, se lâchent sur les pages des journaux étrangers vantant l’incroyable épopée marocaine, vendant cette carte postale aux touristes, sauveurs de notre économie, pour venir faire bronzette et galipette chez nous. Carte postale sur laquelle crache chaque jour de plus en plus de marocains. Tellement désœuvrés qu’ils se jettent à la mer et déchirent leur passeport une fois arrivés au mirage de l’Eldorado, pour ne pas risquer le rapatriement. De toute façon ce petit carnet vert doré ne leur permet pas d’aller plus loin que Tanger. La grande majorité y laissera la vie, au point que la méditerranée est devenue le plus grand cimetière marocain.. D’autres s’explosent, parce qu’ils n’arrivent pas à s’imaginer qu’il puisse y avoir une vie dans l’au-delà pire que la leur ici bas.

 

Voilà pourquoi je ne suis pas sûr de vous aimer. Moi qui ne suis pas assez corrompu pour m’opposer au changement, pas assez mort pour lui être indifférent et pas assez courageux pour y contribuer réellement. Je suis juste un jeune marocain qui a compris que le linceul n’avait pas de poches et que je n’emporterai donc rien avec moi. Et être parmi les plus riches cadavres du cimetière n’enrichira en rien mon CV. Plus jeune, j’étais à la morgue de l’indifférence aussi et je croyais à l’exception marocaine, jusqu’à ce que j’assiste à des arrestations abusives, pour enfin comprendre que ce sont ceux qui ne bougent pas qui ne sentent pas les chaines à leurs pieds. Et quelques lectures plus tard m'ont appris que le destin des peuples n’est inscrit que dans les tables de Dieu, et aucunement sur les agendas des illuminatis ou autres groupuscules.

 

Je ne suis ni un salafiste sanguinaire ni un athée hédoniste, encore moins un intellectuel dissident, mais j’ai compris que si, dans la conjoncture actuelle, nous ne descendons pas tous dans les rues, peu importera que l’on se trouve dans une mosquée, dans une discothèque ou dans une bibliothèque. En aucun cas je ne compatirai quand il sera trop tard, je ne gaspille pas ma pitié. Nous sommes les uniques responsables de notre destin.

 

Le 20 février était une gifle, bien méritée, sur la joue de tous les marocains qui ont démissionné de leur métier de citoyen et sur la mienne en premier. Voilà pourquoi le combat ne doit plus nous faire peur ! Sortons nos langues de leur fourreau et faisons face à leurs kilogrammes de plombs, avec nos kilomètres de plumes, parce que nous n’avons plus le choix : Tous les combustibles de la Bastille sont réunis, les gavroches sont dans les rues et un tout petit incident risque d’allumer la mèche de ce brasier.. mais hélas pas de Necker en vue pour sauver le plus beau pays au monde de l’incendie !

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issam samiri 13/10/2011 00:35


tu as tout a fait raison ... la plupart des commentaires négatifs sont fait par des gens qui aiment fermer les yeux sur la misère dans ce pays ou qui refusent d'assumer une position intellectuelle,
pénible certes mais honnête.


SAFIA 30/05/2011 22:57



Vous feriez mieux d'apprendre à chanter, car cet article sonne un peu faux. L'utopiste rêve, vous, vous faites un cauchemar, et vous le partagez avec d'autres concitoyens. Vous êtes un parfait
nihiliste  ; limite, un anti-vous-même, et celà peut vous conduire à une auto-destruction pure et simple. Si vous détestez la petite, la moyenne et la grande bourgeoisie, que vous reste-t-il
à aimer parmi les 30 Millions de vos concitoyens ??? Un peu plus d'objectivité, S.V.P.



tatem 27/05/2011 09:31



"ce peuple, sale, ignorant et mal élevé." ???




nordine 26/05/2011 22:14



Un grand bravo à ce texte qui, avec une grande éloquence réussit à tyranniser les détenteurs de la pensée unique au Maroc.


Il n'y a qu'à voir les commentaires des écervelés pour se rendre compte que ta plume est plus destructrice qu'une bombe et que sa frappe est d'une précision chirurgicale. Seuls les lâches se
reconnaitront, se laissant alors aller à un discours haineux comme pour cacher leur tares qu'ils crachent pourtant maladroitement sur la place publique.


Le Maroc est en plein changement, crient ils. Essayent ils de nous convaincre à l'aide d'un argumentaire aussi simpliste? Je ne pense pas. 


Ils semblent vouloir le crier fort pour se convaincre eux même que ce qu'ils aperçoivent dans le reflet du miroir n'a pas l'odeur fétide et la couleur de la bassesse.


La formule est commerciale : impossible à vérifier. Tandis que les observations sur le terrain ne plaide pas en leur faveur, que l'IDH (indice du développement humain pour les ignares) donne au
Maroc le role de cancre, ils seraient, eux, détenteur d'une science leur permettant d'etre optimiste.


"Si je ne me révolte pas, c'est que j'ai compris"


N'était-ce pas là le discours des domestiques qui se dressaient contre les nègres des champs pour protéger leurs maitres blancs lors de la guerre de cessession?


En étudiant l'Histoire, la similitude est frappante : la même fellonie, le même culot qui les fait entrer dans la peau de l'avocat du Diable.


Le plus drôle dans cette affaire, c'est que la majorité ne tireront pas 5 dirhams de leur adoration. Il faut croire que certains n'aiment pas s'avouer qu'ils ne sont pas assez courageux pour
changer les choses.


Ils se forcent alors à croire qu'ils ne subissent rien mais que, le hasard faisant bien les choses, leurs opinions libres coincident avec celles des gens de pouvoirs.


Continue à nous pondre des textes aussi engagés et perspicace, et ne te laisse pas décourager par ces personnes.


Salam!


 



sarah 26/05/2011 12:47



Waw!!!! du français, de l'anglais... bientôt il y aura même de l'hébreu ;-)


Différentes façons d'aimer notre Maroc, il y en a ceux qui l'aiment vraiment, et d'autres... qui croient l'"aimer"


Ravie d'apprendre que tout comme moi, et nos autres confrères, tu n'as pas le niveau culturel requis pour être marocain, et en plus tu es Jalouxxxxxx. Ceci dit, notre ami qui prétend avoir fait
des études dans des universités publiques n'a pas tout à fait tort, mon baccalauréat marocain n'a plus de valeur depuis longtemps, mon doctorat n'est en fin de compte qu'un "Master", et encore,
Dieu sait ce qu'ils vont encore inventer.


Juste un petit mot à Mr ou Mme Minibixx (dont j'ai lu pas mal de com), je vous confirme Mr ou Mme, qu'en ce qui concerne vos points de vue, ce sont les votres et ça ne concerne que vous, mais
alors la, concernant votre dernière phrase sur Mawazine, je peux vous confirmer que côté patriotisme, vous êtes loinnnnnnnnnnnnnnnn...


Nowbi, de plus en plus "dur", mais c'est ton point de vue et ça te concerne aussi.