De la virginité (1)

Publié le par L'éLément N

dispute.jpgBonsoir les gens,

La virginité.

On en discute tellement que je n’avais comme choix que d’en parler. C’est comme les Havaianas, toute personne « in » se doit d’en avoir une paire dans son placard. De même tout blog marocain qui se respecte se doit d’avoir dans ses archives un article sur la virginité. J'essayerai de traiter le sujet à polémique le plus discuté sur nos forums nationaux en deux parties, tellement il y a de choses à dire.

Il faudrait d’abord commencer par définir le terme loin de la définition sexiste malheureusement la plus répandue et qui réduit la virginité à la présence d’hymen. Être vierge signifie ne jamais avoir eu de relation sexuelle, concernant ainsi l’homme autant que la femme.

Cette définition réductrice est donc dramatiquement insensée. D’abord parce qu’elle exclue l’homme de la définition ;  secundo parce qu’une fille peut avoir une vie sexuelle active tout en préservant son hymen intact et Tertio parce que cet hymen peut être rompu de façon accidentelle ou être carrément inexistant ou réparé chirurgicalement : Ainsi la présence d’hymen n’est en aucun cas garant de la virginité de la fille, tout comme son absence n’est synonyme de débauche. Cet hymen n’est en fait qu’un reliquat embryonnaire, tout comme l’appendice, sans plus ni moins. Ne lui accordons pas plus d'importance qu'il n'en a.

Certains prétendent que cette hystérie musulmane autour de ce bout de membrane est une prescription islamique. Mais il n’en ait rien. Certes l’Islam, comme toutes les autres religions, invite les hommes comme les femmes à la pudeur et à la chasteté ; et ce dans un souci de non banalisation de la sexualité - qui est une activité non sans conséquences autant physiques (enfantement) que psychiques (attachement). Mais il n’a jamais était question d’hymen. Aucun verset du Coran ni hadith prophétique ne parle de la virginité physique, encore moins de la virginité comme étant une prescription exclusive à la femme, tout comme il n’y a aucun verset coranique ou hadith prophétique interdisant à un homme de se marier avec une femme non vierge. Aucune fixation sur l’hymen, la preuve est que toutes les femmes du prophète (sauf Aïcha) étaient des veuves et des divorcées. Avoir des relations sexuelles avant le mariage est interdit en Islam, mais si cela se produit ce n’est pas la condamnation radicale. Même en considérant la fornication comme un péché, perdre sa virginité avant le mariage reste un acte islamiquement pardonnable, la condition est le repentir comme pour tout péché. Une femme qui n’est plus vierge peut tout de même décider de devenir chaste et travailler sa piété, l’Islam ne condamne nullement les non vierges au rejet inéluctable et définitif, comme si elles avaient commis l’irréparable.

Mais malheureusement dans nos sociétés modernes, le paraitre l’emporte sur l’être. Les musulmans modernes, n’ont pas manqué à la règle. Alors même le spirituel est jugé sur l’apparence : la barbe, le hijab et donc l’hymen deviennent les garants de la piété. L’intégrité de l’hymen l’emporte sur la chasteté, la crainte de la honte communautaire prédomine sur celle de Dieu.

Si elle n’est pas islamique, d’où nous vient alors cette fixation maladive sur l’hymen de la femme ? Freud y a répondu dans son traité des tabous : l’homme a toujours cherché à s’accaparer le sexe de la femme. La masculinisation des interprétations islamiques n’a fait que servir ce fantasme. Ainsi le misogyne se sentira "trahi" si sa femme a connu un autre homme avant lui. Parce que dans son intime conviction, le corps de sa femme lui appartient avant même qu’il ne la rencontre. D’autant plus que l’éducation ségrégationniste, qui présente la virginité comme une qualité substantielle chez la fille et un défaut (manque de virilité) chez le garçon, ne fait que nourrir cette mentalité grippée et l’érige dangereusement comme prescription religieuse pour la transmettre à sa descendance, de façon fallacieuse, comme on transmet une tare.

La question de la virginité appartient au domaine de la coutume ethnique plutôt que celui de la tradition religieuse islamique. Pour faire un peu d’histoire, c’est dans la culture méditerranéenne où l’on étendait à la fenêtre les draps de la nouvelle mariée, tachés de son sang, le lendemain de ses noces. Cela se faisait il y a quelques décennies encore en France, en Espagne, en Italie, en Grèce.. Ces traditions continuent dans les pays du Maghreb, où c’est parfois un cortège familial qui exhibe au matin les draps tachetés, tradition folklorique oblige.

Ainsi, la question de la virginité qui obsède tant les esprits aujourd’hui au sein de la communauté musulmane, n’est en réalité que l’arbre qui cache la forêt d’un mal être identitaire, qui renvoie vers des questions beaucoup plus profondes que cette intégrité anatomique qu'on exige, uniquement chez les femmes.

.. A suivre.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Naravas 02/01/2010 19:44


Très intéressant ton article ! J'ai deux remarques à faire :
1- Tu as raison de dire que la virginité n'est pas fondée en islam, aucun texte n'exigeant des femmes qu'elle présente un hymen intact le jour de leur mariage. En revanche, la chasteté, si, et on
n'est pas très loin...Ce que je veux souligner, c'est que dans le débat arabe, on veut tout le temps "sauver le Dogme" : c'est toujours, non, l'islam n'a rien à voir avec ça. Je veux dire que
l'islam, ça se discute aussi. On n'a pas besoin de préserver le dogme de la discussion rationnelle.

2- Je suis d'accord avec ta définition de la virginité. Mais simplement, cette définition est sans force sociale derrière. L'important, ce n'est pas ta définition "objective" mais la définition
sociale (et peu objective) de la virginité qui a cours actuellement dans les sociétés maghrébines. Or, cette définition, on ne la détruit malheureusement pas par le simple fait de montrer son
incohérence.

Content de te lire !

NVS


sih@m 16/12/2009 23:19


tt à fait daccord.

la virginité recommandée par l'islam n'a jamais été anatomique...elle est equitablemnet recherchée aussi bien chez l'homme que chez la femme!

la société l'a reduit en un bout de chair! une  autre preuve de la petitesse de nos reflexions devant la sagesse d'ALLAH.rares sont ceux qui s'y rapprochent.

pour lui elle se perd pas elle peut etre salit,mais il pardonne ,la société aveugle qu'elle l'est ne pardonne malheureusemnt pas!

à bon entendeur de choisir qui suivre:)