[Histoires d'Amour] - Paradis flétri
10h32.
Jardins exotiques, Bouknadel.
J'étais sorti pour acheter du pain à la boulangerie du coin. Mais me voilà à des kilomètres de chez moi. Je ne sais plus comment j'ai atteri sur ce banc. Dans ce jardin. dans ce lieu que j'avais tant aimé. Il y a un an, jour pour jour, j'étais assis ici.. sur ce même banc, aujourd'hui tellement quelconque et tellement froid au contact de ma main qui inconsciemment s'est mise à l'explorer. me revoilà ici..
Je lève la tête pour faire un tour d'horizon. De partout, jaillissaient des chants d'oiseaux exotiques mais auxquels je ne trouvais désormais plus aucun charme, aucune harmonie. Des bruits, sans plus. Devant moi, un petit etang avec quelques nenuphares abîmés, qui rejetait un reflet tellement sombre qu'on ne pouvait plus deviner sa profondeur. L'eau était calme mais tellement opaque qu'elle en devenait troublante. Son odeur lourde rendait le climat humide et presque désagréable. Un pont en lianes ramolies surmontait le petit etang; il était vide et immobile, complètement inutile. Les branches de bamboo qui bordaient l'etang étaient figées, complétement jaunies par les rayons agressifs du soleil et se dressaient tel des barreaux de prison. Un paysage pour le moins lugubre.
Je suis resté là; à écouter; à regarder; à sentir.. et à réfléchir. Comment avais-je pu aimer cet endroit ?
Il y a un an, il me semblait le paradis. Mais.. comment avais-je pu aimer un endroit pareil au point de m'y retrouver inconsciemment aujourd'hui ?
Peut-être parce qu'il y a un an, ces branches de bamboo nous abritaient dans leur intimité et protégeaint notre amour.. Peut-être parce qu'il y a un an, ce pont sur lequel on sautillait était le seul élément qui nous rattachait à la réalité et nous rappelait à quel point notre histoire était une incroyable aventure.. Peut-être parce qu'il y a un an, cette odeur de l'etang était masquée par ton parfum qui m'enivrait et que je continue à sentir jusqu'à ce jour, à chaque fois que je me laisse penser à toi.. Peut-être parce qu'il y a un an, cet etang me reflétait ton image; tes yeux, ton sourire, et la moindre ondulation de tes cheveux.. Peut-être parce qu'il y a un an, ces oiseaux chantaient pour nous, chantaient notre bonheur lorsque tu m'avouais à quel point tu m'aimais..
Peut-être parce que... il y a un an, sur ce banc ... tu étais là.