Biographie d'une larme
Cette nuit s'avère longue ... si longue que je n'arrive pas à imaginer qu'elle puisse finir ... et mes soucis sont lourds ... si lourds que je n'arrive pas à m'en dormir ... le silence règne en maître et me pousse à réflechir ... dans ma mémoire s'entremêlent tellement de souvenirs ... mais pas un seul mot n'arrive à sortir .... il pleut.
En moi pleut des mots invisibles ... tant de sentiments qui s'agitent mais mon corps reste impassible ... quand secrètement le coeur veut bien parler... il prend le contrôle... et soudain voilà que mes paupières sont lourdes ... ma vision petit à petit devient trouble ... c'est là qu'elle naquit, surgissant des profondeurs de mon être... elle était un cri qui brisa ce silence , un cri que personne n'a entendu !
C'est en fermant les yeux qu'elle s'échappa du bord, défiant la protection de mes cils ... pour glisser le long de ma joue, épouser les courbure de mon visage .... pour venir si tendrement s'écraser sur mes lèvres ... dans sa course, ses morceaux de cristal ont fait briller mon visage dans l'ombre de cette nuit sombre... elle était si scintillante de vérité parce qu'elle était VRAIE ... elle a révélé au grand jour ce que le coeur cachait et ne pouvait exprimer par des mots : les larmes ne sont au fond que des mots que l'on osera jamais dire ... témoin de la sincérité du moment, de notre faiblesse si superficiellement cachée ... elle révèle toute notre solitude et met à nu tout le vide qu'on essaye vainement de combler ...
Devant elle, j'ai décidé de rester serein et indifferent, de ne pas faiblir, de ne pas trahir mon coeur envahi par tellement d'émotions si soudaines ... Alors le regard fixe, je me suis décidé à stopper cette coulée ... d'un geste hésitant, je commandais ma main tremblante et fragile pour la poser sur ma joue ... puis d'un geste lent et tendre je glissais mon pouce à contre courant pour ralentir sa course ... je l'ai frolé ... elle était si chaude ! chaude de souffrance, chaude par toute la lourdeur que mon coeur lui a transmise, chaude par tout ce qu'il endure, chaude de ces souvenirs qui harcèlent ma mémoire, chaude de toutes ces déceptions passées, chaude de tous ces regrets, chaude de toutes ces attentes et esperences dont la vie m'a privée ... elle était chaude.
Par ce geste au début si tendre, je décide alors de l'ecraser ! elle ne doit pas toucher le sol ! NON elle ne doit pas ... je dois l'arrêter, je dois l'écraser ... l'écraser pour la vider de sa souffrance ... MA souffrance ! y mettre un terme et l'empêcher de s'etendre .... Alors que j'étais occupé à mettre terme à sa vie, une autre la suivit, empreintant un chemin différent de son ainée, elle se laissa entrainer le long de mon nez pour s'arrêter à son bout ... j'ouvre les yeux, elle est devenue assez lourde pour renoncer à mon contact et se laissa tomber ... elle tombait si lentement ... pour s'ecraser contre le sol ... je me sentais d'un coup + léger : jamais je n'aurais cru qu'une larme, synonyme de faiblesse, pouvait rendre + fort ... c'est alors que j'ai compris qu'une larme est à l'âme ce que le savon est au corps... Pleurer nous fait revivre et nous fait renaître...
Des larmes au bord des yeux ... la vie au bord d'une larme !
Je ne pouvais alors plus retenir ses camarades ... ma peau se noyait dans un flux de larmes qui en s'eloignant de mon corps, me rapprochait de mon coeur... en tombant sur le sol, aidaient mon âme à s'envoler vers les cieux... Ces larmes qui ruisselaient sur cette peau, terre asséchée depuis si longtemps, me rappellèrent tout le sang de mes frères qui continue à couler sur la terre des sacrifices ... cette blesure qui continue à saigner depuis + d'un demi siècle.
Ces larmes qui troublaient ma vision m'aident maintenant à y voir + clair ... Elles sont si précieuses, d'une valeur inestimable car VRAIES... peu importe notre couleur de peau, elles resteront toujours les mêmes, toujours aussi PURES... un véritable trésor : de veritables cristaux qu'on ne devrait pas " laisser tomber " que pour des êtres qui méritent ... de manière qu'en se séparant de nous, ils nous éclaircissent, nous appaisent, nous consolent, nous orientent et nous corrigent ... ces gouttes doivent faire germer en nous des graines ... Les larmes du passé qui fécondent l'avenir.
Il est si Bon et si Clément envers moi et moi je suis si ingrat ... si loin ...
Cette nuit s'avère longue ... si longue que je n'ai pas envie de la voir finir... mes soucis sont tout d'un coup si legers que le sommeil m'appelle pour dormir ...
En moi pleut des mots invisibles ... mon corps reste toujours impassible ... mon coeur avait décidé de prendre la parole... ces mots, qui ont fait fondre mon coeur, retentissent encore à l'interieur ...
قُلْ يَا عِبَادِيَ الَّذِينَ أَسْرَفُوا عَلَى أَنفُسِهِمْ لَا تَقْنَطُوا مِن رَّحْمَةِ اللَّهِ إِنَّ اللَّهَ يَغْفِرُ الذُّنُوبَ جَمِيعًا إِنَّهُ هُوَ الْغَفُورُ الرَّحِيمُ
" Ô Mes serviteurs qui avez commis des excès à votre propre détriment, ne désespérez pas de la miséricorde d'Allah. Car Allah pardonne tous les péchés. Oui, c'est Lui le Pardonneur, le Très Miséricordieux "
pendant que ces mots pleuvent sur mon coeur, mes larmes parlent sur mon corps ... mots qui pleuvent ; larmes qui parlent...
...
aSalamou 3alaykom wa ra7matou Allah ..... aSalamou alaykom wa ra7matou Allah ...
De cette pluie ne reste que ce visage attendri au contact de mes larmes ... ce visage " éclairé " qui a son tour, tel un rayon de soleil apres une longue période de pluie, éclaire tout ce qui l'entoure ...
سِيمَاهُمْ فِي وُجُوهِهِم مِّنْ أَثَرِ السُّجُودِ
" Leurs visages sont marqués par la trace laissée par la prosternation "
Et si cette marque de visage n'était pas cette tâche brune comme la majorité le pense ? ne serait elle pas cette lumière ... ce " NOUR" qu'on ressent et qu'on transmet ...
" Soujoud " devrait alors être traduit par " soumission à l'Unique " plutôt que par " prosternation " ... parce que là, tout de suite, je ressens cette marque alors que cette nuit je n'ai fait que 2 prosternations ...
*******************
9iyam aLayl est le + beau et le + sincère moment de solitude qu'on peut avoir avec notre Créateur ... dommage que bcp dans le discours religieux actuel l'ont transformé en une sorte de rituel machinal et technique jugé sur la durée ou sur la régularité, jugé au nombre de prosternation ou de versets lus ... Mohammad (saws) répétait un seul verset pendant toute la nuit en pleurant :
" إِن تُعَذِّبْهُمْ فَإِنَّهُمْ عِبَادُكَ وَإِن تَغْفِرْ لَهُمْ فَإِنَّكَ أَنتَ الْعَزِيزُ الْحَكِيمُ "
" Si Tu les châties, ils sont Tes serviteurs. Et si Tu leur pardonnes, c'est Toi le Puissant, le Sage "
9iyam alayl est loin d'être une contrainte ( même si bcp en voulant bien faire, finissent en fin de compte par le présenter de la sorte )... c'est un moment de reflexion et de sincérité ( envers nous même et envers Dieu )... il ne suffit pas de se lever au beau milieu de la nuit et de rester debout à lire des versets ... " kam mine mousaline, laysa lahou min salatihi ila l9iyam, wa kam min 9a2imine laysa laho mine salatihi ila toulou sahar " " ...
Al 9iyam est à juger par ce qu'il nous apporte, par les changements qu'il provoquera en nous le lendemain au contact des gens ... Où il y a une larme il y a un coeur ...
Le Coran est à lire avec le coeur ... c'est pour celà que je suis de l'avis de ceux qui sont contre la lecture à partir du mous7af pendant al 9iyam : ça devient "tilawa" et non plus "9ira2a" ... apprenons ne serait ce que de petites sourates ou quelques versets qui nous touchent pour les lire avec notre coeur pendant la prière de la nuit ; rendons la moins machinale : donnons lui vie ... et à travers elle, redonnons vie à notre coeur tellement lésé par les soucis de la vie ! décolonisons notre coeur violé par notre égo et nos envies pour pouvoir par la suite décoloniser nos terres violées par l'occuppant ...
Entretenons notre foi avec 9iyam aLayl c'est l'une des meilleure façons ... la foi est comme une rose au parfum discret que nous devons arroser chaque jour avec les larmes des regrets ( tawba ) ...