Bonjour public !
Mes confrères medecins confirmeront, pour avoir les gardes les moins pénibles possibles à l'hopital, il suffit de choisir les dates où sont prévues de grands événements médiatiques. Vous
êtes alors quasi-certain d'avoir le minimum d'affluance aux urgences. Ce n'est pas de la théorie, je l'ai testé sur moi ! Mes 2 dernières gardes coïncidaient (volontairement) avec la soirée du
rire de Gad El Maleh et le match de football qui opposait les tricolores à la Lithuanie. En plus de n'avoir pratiquement pas travaillé, j'ai pu suivre les 2 programmes à la télévision. Merci
Rome !
" Panem et circences " ( Du pain et des jeux ), c'était la politique de la Rome antique qui avait compris que la meilleure façon de gouverner passait par la distraction du peuple, car
elle détourne le citoyen de ce qui devrait le préoccuper : la politique. Et ils n'avaient pas tort.
De nos jours, les politiques ne respectent plus les colères (passagères) de l'opinion publique parce qu'il savent qu'il suffit d'intensifier les divertissements (Star Ac, jeux video, iphone,
jeux olympiques..) pour les rendormir.
Dans "L'enseignement de l'ignorance", J.C Michea nous informe qu'en 1995, 500 hommes politiques, leaders économiques et scientifiques, constituant à leurs yeux l'élite du monde,
reconnaissent comme une evidence que dans le siècle à venir, 20% de la population suffiront à maintenir l'activité de l'économie mondiale. La question qui s'était posée alors concernait les 80%
d'humains surnuméraires, dont l'inutilité a été programmée par la logique liberale. La solution fût trouvée par Brzezinski, ancien conseiller du président Carter : " il s'agit de définir un
cocktail de divertissements abrutissants et d'alimentation suffisante permettant de maintenir la bonne humeur de la population frustrée de la planète ".
Divertir vient de la racine latine Divertere = détourner. Ainsi le divertissement est de nature négative, il vise à détourner notre attention du plus important, et donc de
soi, de notre existence comme problème existentiel. Nous distraire de notre condition humaine. Le divertissement empêche de penser.
On comprend facilement que sous cette forme d'insouciance, le divertissement soit l'apanage de l'enfant, qui voit la vie entière comme une distraction, vu qu'il n'a pas encore
conscience de ses responsabilités. Ses parents décident pour lui. Aussi, il est légitime pour l'adulte responsable de se divertir, pour s'evader de son quotidien. Divertissement qui
devrait être une parenthèse de relâche dans l'exigence du serieux de la vie. Dans ce cas-ci, nous l'appelons loisir. Mais quand le divertissement devient l'objectif ultime, pour
lequel le travail n'est que la source de financement. Là il y a problème: le salaire sert à faire du shopping, acheter la derniere console de jeux, s'équiper du dernier portable et
écran plasma, acheter des places au cinema.. sans réel projet de vie, en dehors de celui de s'amuser.
L'homme est par nature un être incapable de supporter la demeure en repos, selon Pascal. Parce qu'il sent alors son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance, son impuissance, son
vide. Pascal ajoute qu'ayant ainsi horreur du vide, l'homme se porte avec empressement vers tout ce qui l'en détourne.
Le capitalisme l'a très bien compris et a inventé l'industrie du divertissement. L'incluant ainsi dans la sphère du commerce plutôt que dans celle de la culture (les loisirs). Ainsi, pour
regner et pour le profit, cette industrie exploite un besoin déjà irresistible à l'état naturel, auquel elle ajoute un conditionnement subliminal. C'est ce qui fait sa
rentabilité, devenue aujourd'hui le secteur locomotive de l'économie mondiale, mais aussi son danger.
Grâce à son marketing, cette industrie ne se contente pas d'informer et séduire mais cherche à convaincre pour transformer le consommateur en fan. Le divertissement devient alors sa
principale quête, occupe tout son horizon. C'est ainsi qu'on l'infantilise; pour prendre les decisions à sa place, mais à ses frais. Et ce qui en fait une aliénation des plus
redoutables est le fait que le divertissement bénéficie de tout le serieux que l'homme devrait consacrer à réussir sa vie : investissements de capitaux (casinos), efforts physiques (la Wii),
aller jusqu'à risquer sa vie (saut à l'elastique).. Ainsi le monde du divertissement mime une vie serieuse d'adulte, mais sans projet construtif. Ce qui le rend très destructeur.
«Je pense donc que l'espèce d'oppression dont les
peuples démocratiques sont menacés ne ressemblera à rien de ce qui l'a précédée dans le monde (...) Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde :
je vois une foule innombrable d'hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme.(...)
Au-dessus de ceux-là s'élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d'assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant
et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l'âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu'à les fixer irrévocablement
dans l'enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu'ils ne songent qu'à se réjouir.»
[Alexis de TOCQUEVILLE, De la démocratie en Amérique ]
Et c'est tout pour aujourd'hui. Vous pouvez vous déconnecter, et aller nourrir les urnes de vos idées, au lieu d'aller nourrir votre curiosité dans les poubelles des voisins.
La Critique et le Vote, voilà les armes de construction massive.. et etteindre la télé !
Ce que vous en dites